Quand un homme te ré-explique ton propre métier. Le mot existe depuis 2008 — le problème est bien plus vieux.
Le mot vient d'un essai de Rebecca Solnit en 2008 : Men Explain Things to Me. Elle raconte comment un homme lui a parlé d'un livre important dans son domaine — alors que c'était LE LIVRE QU'ELLE VENAIT D'ÉCRIRE.
Le mansplaining, c'est quand un homme explique à une femme quelque chose qu'elle sait mieux que lui. Avec condescendance. Sans vérifier s'il a raison. Et souvent, alors qu'elle n'a rien demandé.
Exemple 1 — La réunion produit. Sarah est responsable produit senior. Elle présente sa stratégie pour le trimestre. Un collègue junior (homme, 6 mois dans l'équipe) l'interrompt : « En fait, laisse-moi t'expliquer comment on fait ça chez [autre boîte]. » Sarah a 8 ans d'expérience. Le collègue vient de finir son alternance.
Exemple 2 — Le client qui t'explique ton métier. Aïcha est médecin généraliste. Un patient mâle, la cinquantaine, lui dit pendant la consultation : « Vous savez, sur Internet, j'ai lu que le mieux c'est plutôt tel traitement. » Aïcha a 12 ans d'études. Le patient a lu 3 articles sur Doctissimo.
« Mansplaining » est entré dans le dictionnaire Oxford en 2024. Le phénomène, lui, est documenté depuis Solnit (2008) et Solder (2014) sur les interruptions.
Le philosophe Miranda Fricker (2007) appelle ça une injustice épistémique : ton savoir est crédité à un homme plutôt qu'à toi. La connaissance existe, mais elle n'est pas reconnue.
Santoro & Markus (2024, Psychological Science) ont montré que les conseils non sollicités adressés aux femmes sont perçus comme condescendants. Le mécanisme est implicite, pas stratégique.
Le « Workplace Gender Competence Questioning Scale » (WGCQS, 2025) identifie trois formes : les explications condescendantes, la non-reconnaissance de la voix, les interruptions intrusives.
Le WGCQS a validé ces trois formes dans 7 pays : Italie, Brésil, République tchèque, Allemagne, Grèce, Espagne, États-Unis. Pas un problème anglo-saxon. Un problème mondial.
Ancre ton autorité dans ton expérience. Pas dans tes diplômes. Pas dans ton genre. Dans la durée de ton travail.
Ancre dans la durée. « J'ai travaillé là-dessus pendant 8 ans. Voici ce que j'ai vu. » Ton expérience est plus solide qu'un CV ou un titre.
Ramène les faits. « Merci pour le contexte. Voici les données qu'on a déjà sur le sujet. » Tu ne rejettes pas, tu rectifies.
Nomme la situation, pas la personne. « Quand on m'explique mon propre domaine, j'ai du mal à collaborer. Aidez-moi sur les zones où mon expertise est moins forte. »
Construis ta « paper trail ». Quand tu proposes une idée, écris-la dans un doc partagé, daté. Si elle est reprise ensuite, la trace est visible.
Cherche un allié dans la salle. Quand tu te fais interrompre, un collègue qui te soutient (« attends, Sarah n'a pas fini ») peut faire toute la différence.
Si c'est ton MANAGER qui le fait : HR. Le mansplaining d'un subordonné, tu peux recadrer. Le mansplaining d'un manager, c'est documenter + escalader.
« Merci. J'ai travaillé là-dessus pendant X ans. Voici ce que j'ai trouvé. »
« C'est gentil, mais je connais ce dossier. Qu'est-ce que tu veux vraiment savoir ? »
« J'entends votre point. Voici ce que les études actuelles montrent. »
« J'ai piloté ce type de projet chez [X] pendant [X années]. Je peux te montrer les chiffres. »
Tu sais maintenant répondre au mansplaining. Demain, le dernier jour de la semaine : quand ta famille nie ce qui s'est passé.